Histoire de l'AIM

Lise Arena (UCA) et Amandine Pascal (AMU)

Contexte

La célébration des 30 ans de l’AIM constitue une occasion de rappeler qu’une discipline ne détruit pas son passé ; elle l’assimile, y pose un regard critique et, la plupart du temps, le réecrit à la lumière du présent. Les 30 ans de l’AIM s’apprêtent à célébrer l’histoire d’une association scientifique, qui reflète en partie l’évolution du management des systèmes d’information (MSI) en France. De nombreux travaux dans le champ se sont déjà emparés des questions de rupture théorique, voire épistémologique qui participent à cette réecriture du passé de notre discipline (Sidorova et al., 2008) alors que d’autres, à des fins plus empiriques, ont largement documenté l’histoire de l’informatique dans l’entreprise et des systèmes d’information (Cortada, 2003 ; Bounfour, 2010). Une histoire du management des systèmes d’information – en tant que champ académique – est pourtant beaucoup plus absente des contributions existantes, même s’il en apparaît souvent des fragments dans des manuels de Management des Systèmes d’Information (Laudon & Laudon, 2017 ; Rowe, 2002), dans des rubriques du type « Editor’s Comments » de revues américaines (Rai, 2018) ou dans le cadre de thématiques particulières (en design science, par exemple, cf. Goes 2014).


Objectif

Ce GTAIM propose d’initier un travail de mise en contexte intellectuel et institutionnel de l’évolution du champ du management des systèmes d’information en France depuis les années 60, décennie à laquelle les premières réflexions (Bauvin, 1968, 1971 ;Lhermitte, 1968) et associations professionnelles (du type CIGREF ; de Rocquigny, 2016) ont émergé, ouvrant la voie aux premières productions académiques sur le sujet (Ballé & Peaucelle, 1972). Il ne s’agit donc ici ni de construire une histoire des techniques des SI (Cortada, 2003 ; Mounier-Kuhn, 2010 ; Neumann, 2013) ni une histoire des sciences de ce champ au sens strictement épistémologique et conceptuel (Hirschheim et al., 1995), mais bien d’analyser deux mécanismes institutionnels réciproques dans le contexte d’évolution de l’AIM: i) l’influence des trajectoires individuelles sur la fabrique du MSI en France et ii) l’influence de l’évolution de cette discipline, d’un point de vue institutionnel, sur les trajectoires individuelles de ses acteurs.

Questions posées

Ce GTAIM est à ce stade exploratoire mais quelques questions de rechercher peuvent déjà être formulées :
- Existe-t-il un MSI à la française ? d’autres types de MSI ?
- Quels acteurs (ou groupes d’acteurs) sont à l’origine du champ et de ses évolutions ?
- Quel(s) contexte(s) institutionnel(s) a/ ont participé à cette fabrique ?
- Comment se sont construites les relations entre les savoirs académiques et les pratiques professionnelles en MSI ?

Bien entendu, cette liste de questions n’est pas exhaustive et sera amenée à évoluer au fur et à mesure des contributions. Ce GTAIM peut également s’articuler avec d’autres types de travaux plus en lien avec la question des réseaux de co-écriture et de citation fondée sur des approches bibliométriques (Walsh & Kalika, 2018 ; Vitari & Pillet, 2019).

Ancrage et origines du projet de GTAIM

Ce GTAIM s’inscrit dans une démarche plus large initiée dans le cadre du projet HERITAGE (coporté par l’AHMO, l’AIM et l’AFM et coordonné par Nicolas Guilhot, Université Lyon 3) qui a pour objectif d’organiser la construction collaborative d’une prosopographie des acteurs des sciences de gestion en France : chercheurs, enseignants, praticiens ayant une activité éditoriale de recherche ou de formation.

Méthodologie du projet HERITAGE

Pour raconter l’histoire de l’AIM depuis son origine et mieux capturer l’évolution du MSI en France, nous avons recours à une approche prosopographique, définie comme une « sorte de style de recherche, quelque chose de moins nettement défini en tous cas qu’une méthode, de moins rigide qu’un courant ou une école. La variété du vocabulaire pour en parler – prosopographie mais aussi études de carrières, de trajectoires, de cycles de vie, études longitudinales, biographies collectives, de groupe, de masse, sociographie, histoires de vie… - pointe cette relative indéfinition » (Lemercier, Picard, 2012). Nous nous référons ici à l’approche prosopographique en son sens le plus large, excluant l’idée d’établir uniquement un dictionnaire des grands acteurs du champ. Notre enquête longitudinale consiste plutôt à collecter toutes les traces témoignant de ces évolutions : identification des acteurs clés, entretiens biographiques, reconstitution des carrières professionnelles et archives (non encore officielles) de l’AIM (flyers, posters, programmes, ateliers doctoraux, etc.). Dans la perspective de ces travaux, il est essentiel que l’approche adoptée dépasse la simple chronologie de faits et respecte les méthodologies de la recherche en histoire, de la collecte à l’interprétation de données d’archives écrites et orales.

Comment faire avancer ce GTAIM ?

Deux types de contributions sont attendues :
1/ Si vous avez été acteur/ actrice de l’évolution de l’AIM et que vous accepterez de vous prêter au jeu d’un entretien/ d’une table ronde ou si vous avez collecté tout matériel lié à l’AIM.
2/ Si vous-mêmes vous conduisez des recherches permettant de faire avancer l’état des connaissances sur l’histoire des MSI.

Dans ces deux cas, n’hésitez pas à nous contacter.

Références bibliographiques :

Ballé C. & Peaucelle J.-L. (1972). Le pouvoir informatique dans l’entreprise, Les Editions d’organisation (dirigées par Michel Crozier).
Bauvin G. (1971). Management et informatique, Les Éditions du groupe Express.
Bauvin G. (1968). L’informatique de gestion, Éditions hommes et techniques.
Beltran A. & Griset P. (2007). Histoire d’un pionnier de l’informatique – 40 ans de recherche à l’INRIA, EDP Sciences.
Bounfour A. (coord.) (2010). « De l’informatique aux systèmes d’information dans les grandes entreprises », Entreprises et Histoire, N°60.
Cortada J.W. (2003). The Digital Hand: How Computers Changed the Work of American Manufacturing, Transportation, and Retail Industries, Oxford University Press.
De Rocquigny M.-A. (2016). « L’informatique de gestion, entre technique pure et outil de gestion : une perspective historique à travers les discours des responsables informatiques de 1970 à 2000 ». Thèse de doctorat, Université Paris-Dauphine.
Goes, P. B. (2014). Design science research in top information systems journals. MIS Quarterly: Management Information Systems, 38(1), iii-viii.
Hirschheim R., Klein H.K., Lyytinen K. (1995). Information Systems Development and Data Modeling – Conceptual and Philosophical Foundations, Cambridge University Press.
Laudon J.P., Laudon K.C. (2017). Management Information Systems: Managing the Digital Firm, Pearson.
Lemercier C., Picard E. (2012). “Quelle approche prosopographique ? » in Rollet L., Nabonnaud P., Les uns et les autres. Biographies et prosopographies en histoire des sciences, Presses Universitaires de Nancy : Éditions Universitaires de Lorraine, pp. 605-630.
Lhermitte P. (1968). Le pari informatique, Éditions France-Empire.
Mounier-Kuhn P.-E. (2010). L’informatique en France – de la seconde guerre mondiale au plan calcul – L’émergence d’une science, Presses Universitaires Paris-Sorbonne.
Neumann C. (2013). De la mécanographie à l’informatique : les relations entre catégorisation des techniques, groupes professionnels et transformations des savoirs managériaux, Thèse de Doctorat, Université Paris X.
Rai A. (2018). « Editor’s comments – Beyond Outdated Labels: The Blending of IS Research Traditions”, MIS Quarterly, 42(1), pp. iii-iv.
Rowe F. (coord.) (2002). Faire de la recherche en systèmes d’information. Vuibert, FNEGE.
Sidorova A., Evangelopoulos N., Valacich J.S., Ramakrishnan T. (2008). « Uncovering the Intellectual Core of the Information Systems Discipline.”, MIS Quarterly, 32(3), pp. 467-482.
Vitari C., Pillet J.-C. (2019). « Le réseau social de la communauté francophone des chercheurs en Systèmes d’Information », Systèmes d’Information et Management, 24(1), pp. 87-105.
Walsh I., Kalika M., (2018). “Network Dynamics in the French-Speaking and English-Speaking IS Research Communities”, Systèmes d’Information et Management, 23(4), pp. 67-145.

 

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